Sache que la réponse à cette question exige d'être exposée longuement et dans toutes ses dimensions, - 27r- y compris pour ce qui nous ferait franchir la limite que nous avons fixée à notre sujet qui est le traitement spécifique de la maladie actuelle. Nous nous sommes basés sur les apports de la science et les témoignages de l'expérience, vérifiés par les soins et la pratique et notés par les remarques et les résumés. Notre discours est celui du praticien dans cet art, cependant nous l'avons abrégé afin qu'il suscite l'intérêt sans longueur, car il n'est pas nécessaire de rapporter des commentaires et des on-dit. Le recours à Dieu nous suffit, Il est le plus digne de confiance.
La réponse à cette question se compose de deux parties :
Première partie : (70r) le traitement de la maladie dès son apparition avant qu'elle ne se soit installée et aggravée
Sache que ces fièvres épidémiques sont différentes des autres fièvres et peuvent présenter des aspects inverses. Les fièvres habituelles se classent en quatre catégories : la première est caractérisée par la corruption des quatre humeurs, soit une seule d'entre elles comme dans la fièvre générale causée par la corruption du sang, soit deux humeurs comme pour la fièvre quarte qui vient de la bile jaune et du phlegme. La deuxième catégorie de fièvres est causée par l'échauffement des trois souffles, -27v- le végétatif, l'animal et le psychique, comme la fièvre quotidienne, alternance du chaud et du froid, ou la fièvre irascible, ainsi que d'autres cas. La troisième catégorie vient de la chaleur et de l'humidité du tempérament originel et des organes essentiels, comme la fièvre ectique. La quatrième sorte est celle des fièvres qui accompagnent la maladie, comme les douleurs, les inflammations externes et internes, elles sont en réalité des symptômes liés à une autre affection et qui disparaissent avec elle. Chacune de ces quatre catégories de fièvres engendre de la chaleur tout d'abord au lieu de son origine : dans la fièvre infectieuse à l'ensemble de l'organisme, dans la fièvre quotidienne aux souffles, dans la fièvre ectique aux organes essentiels, dans celle qui vient d'une inflammation ou d'une douleur localisées le tempérament est déréglé. Cette chaleur se communique au cœur par les artères où elle échauffe le sang et les souffles ; (70v) du cœur elle gagne l'ensemble du corps.
La fièvre épidémique actuelle diffère en tous points des précédentes ;
la chaleur se fixe en premier lieu dans le cœur et corrompt son tempérament et le sang, mais la marche de la maladie est à l'inverse des autres, son évolution est différente et ne procède pas par accès, le corps subit des accidents disparates, étranges, et des états anormaux, comparables à ce qui apparaît -28r- dans la ville désorganisée, car le cœur gouverne l'ensemble du corps et le protège par les forces que Dieu a organisées en lui et dont le matériau est la chaleur innée ; c'est lui qui protège son état, de même que le roi protège la ville et le maître de maison sa demeure. Si l'un des autres organes subit une infection le cœur lui-même rétablit son organisation et, en vertu des forces que Dieu a placées en lui, il assainit les effets de l'infection, et même s'il a subi une altération du fait d'une cause différente, il gouverne la santé dans son ensemble, et c'est pourquoi dans les fièvres la prise de médicaments est profitable à l'ensemble du corps, car si le tempérament du cœur est protégé il transmet au corps entier, grâce à ses forces, le bénéfice du remède, à la manière d'un instrument de la restauration de la santé. Mais si l'infection atteint le cœur lui-même, son tempérament corrompu ne peut réguler l'organisme, le médicament est inutile (71r) et peut même devenir nuisible, la mort est alors proche pour l'organisme arrivé -28v- à cet état qui est celui du corps dans la fièvre épidémique. Cette explication étant bien établie, et la situation actuelle étant celle de la fièvre épidémique, il est clair pour toi que tu dois accorder la plus grande attention à cette maladie, donc à l'état du cœur, au soutien de sa force et autant qu'il est possible à l'assainissement de ce qui pourrait l'affecter.
Les traitements de la maladie épidémique actuelle : l'altération de l'air au cours de cette épidémie est nuisible au tempérament du cœur, en premier lieu par l'élévation de sa chaleur, ensuite par l'augmentation de la quantité de sang qui dérègle la chaleur...