Loading-img
 

IV

MALADIES DES CUCURBITACÉES

De nombreuses Cucurbitacées sont cultivées dans le monde. Nous nous attacherons plus spécialement ici aux espèces économiquement importantes dans les pays tempérés et méditerranéens, qui sont aussi celles qui paient le plus lourd tribut aux maladies :

Cucumis sativus : le Concombre, et sa variante : le Cornichon.

Cucumis melo : le Melon sous ses diverses formes : Cantaloups (charentais, ou plus ou moins brodés), melons d’hiver, etc...

Cucurbita pepo, et plus spécialement ses variétés non coureuses productrices de Courgettes.

Cela ne nous empêchera pas de faire çà et là allusion à d’autres espèces : les Courges et Potirons (Cucurbita moschata et maxima), la Pastèque ou Melon d’eau (Citrullus lanatus), la Cristophine ou Chayote (Sechium edule).

Toutes ces espèces sont originaires de régions subtropicales de l’Ancien Monde (Cucumis, Citrullus), ou du Nouveau (Cucurbita, Sechium) et montrent une croissance optimale à des températures élevées (25 °C - 30 °C). Il y a cependant des nuances pour la tolérance au froid : faible pour le Concombre (zéro de végétation vers 15 °C), variable pour le Melon suivant les génotypes, elle sera la meilleure pour la Courgette qui pourra être plantée en plein champ près d’un mois plus tôt que les deux autres espèces, et se contenter d’abris froids là où le Concombre ou le Melon demandent des serres chauffées.

I. Maladies provoquées par des microorganismes du sol

Fontes de semis, pourritures de racines et de tiges dues aux Pythium

On peut classer les espèces pour la sensibilité aux Pythium dans le même ordre que pour leur sensibilité au froid : Concombre-Melon-Courgette.

Chez le Concombre, les Pythium sphérosporangiés de type ultimum (qui, chez les autres plantes, ne provoquent que des manques à la levée ou des nécroses de racines en sol froid) sont susceptibles, en plus de ces symptômes classiques, de provoquer la pourriture de l’hypocotyle des plantules, ou même de la base des tiges de plantes plus âgées, dès que les températures s’abaissent à 15 °C ou au-dessous.

Un simple traitement des semences avec un produit comme le Thirame, qui suffira le plus souvent à protéger les Melons et Courgettes des attaques de Pythium, se révèlera insuffisant sur Concombre.

Dans les situations « à risques » (abris insuffisamment chauffés, sols argileux non désinfectés) on pourra envisager l’élevage des plants dans des terreaux additionnés de fongicides anti-mildious (etridiazole, conseillé en Angleterre, métalaxyl ou furalaxyl à des doses de l’ordre de 10 mg/dm3), ou, plus tard, des pulvérisations à la base des plantes.

On remarquera cependant que les hybrides actuellement cultivés (sauf peut-être les gynoïques, plus fragiles) sont plus résistants que des variétés anciennes, comme le concombre « Le Généreux », utilisé par D. Bouhot pour l’estimation du potentiel infectieux du sol en Pythium.

Des fontes de semis peuvent aussi être provoquées par Rhizoctonia solani, et, aux États-Unis, par un Acremonium.

En conditions tropicales, les Concombres, Melons et Courgettes sont sensibles aux mortalités de jeunes plantes causées par des Pythium de type aphanidermatum.

Des Pythium appartenant à cette catégorie ont été trouvés en France, sur pourritures de racines de concombre, en culture hydroponique.

Nécroses racinaires

Elles ont été longtemps méconnues, en particulier sur Concombre, où de nombreuses descriptions de « Fusarioses » correspondaient sans doute à des dégâts initiaux de nécrose racinaire.

Phomopsis sclerotioides est le plus redoutable ennemi tellurique des concombres de serre. Il peut ausi attaquer le Melon (et son porte-greffe Benincasa cerifera).

Sur les parties aériennes de la plante, les attaques se traduisent par un flétrissement en cours de journée, débutant à la nouaison des premiers fruits, et devenant de plus en plus grave et permanent.

Ces symptômes correspondent à l’extension des zones mortes du système racinaire, les lésions sont au début brun-clair, puis les racines attaquées se dessèchent, en se recouvrant de lignes noires délimitant des plages allongées où se différencient des « pseudosclérotes » (petits points noirs ponctuant les racines mortes - fig. 54).

Le champignon produit rarement sa forme pycnide dans la nature (elle a surtout été observée in vitro). Il se conserve dans le sol par ses pseudosclérotes, et par le mycélium foncé constituant les lignes noires.

Les seules solutions pour continuer à cultiver concombres ou melons dans des serres dont le sol est fortement contaminé sont les suivantes :

désinfection du sol par la vapeur ou le bromure de méthyle jusqu’à 45 cm de profondeur,

e9782738002860_i0087.jpg

Figure 54.Phomopsis sclerotioïdes sur Concombre : pourriture beige-clair des racines, présence de lignes noires délimitant des zones soit foncées, soit claires et ponctuées.

— greffage (par approche, suivi de sevrage) du Concombre sur Cucurbita ficifolia, du Melon sur des porte-greffes hybrides F1 C. maxima × C. moschata,

— le recours à la culture hydroponique ou, pour le Concombre, sur bottes de paille compostées.

Le greffage du Concombre sur Cucurbita ficifolia a été pratiqué en Hollande (pour lutter contre une hypothétique « Fusariose ») bien avant que le Phomopsis ait été identifié comme cause principale de mortalité des concombres de serre.

Les plants greffés sont également moins sensibles aux pourritures à Pythium des bases de tiges.

Pyrenochaeta lycopersici, l’agent de la maladie des « racines liégeuses » de la Tomate, peut attaquer les racines de Melon, avec des symptômes analogues.

La sensibilité au Pyrenochaeta est plus élevée chez les « melons d’hiver » jaunes ou verts, et chez les géniteurs de résistance aux virus, ou à la Fusariose, d’origine orientale, que chez le « Cantaloup charentais » : les essais de culture en serre de melons de type « Canari » devront tenir compte de ce facteur. Les sélectionneurs incorporant des résistances aux maladies à des types « Charentais » devront vérifier que la sensibilité au Pyrenochaeta a été éliminée dans les rétrocroisements.

Nématodes

Les racines des Cucurbitacées cultivées sont très sensibles aux nématodes à galles (Meloidogyne spp.), aussi bien en culture sous serre qu’en conditions méditerranéennes ou tropicales de plein champ. La perte de vigueur et de rendement liée au développement des galles peut se compliquer d’un flétrissement des parties aériennes, en cas d’envahissement secondaire des galles par des parasites de faiblesse.

Un Cucumis cultivé africain, le « Métulon » (C. metuliferus), dont on commence à voir les fruits en Europe, est résistant aux Meloidogyne, mais son hybridation avec C. melo ou C. sativus n’a pas encore été réussie.

Fusarioses vasculaires des Cucurbitacées

• On peut arriver à se demander si la Fusariose vasculaire du Concombre, provoquée par F. oxysporum f. sp. cucumerinum a jamais existé en France. Des bases de tiges dépérissantes par suite d’attaques de Pythium ou de maladies racinaires, des chancres sur tiges dus au Didymella peuvent être envahis par divers Fusarium. — et la détermination de ceux-ci n’est devenue facile qu’à la fin des années 50. Des cas authentiques ayant laissé trace sous forme de souches de collection utilisées par Bouhot semblent avoir existé en Hollande. La maladie a été retrouvée en Chine continentale en 1989 par Pitrat, Laterrot et Blancard (comm. pers.).

On en trouve une description dans le manuel de Fletcher (Diseases of greenhouse plants, 1984). Le greffage sur Cucurbita ficifolia est conseillé comme méthode de lutte.

● Fusariose vasculaire de la Pastèque

Elle est provoquée par F. oxysporum f. sp. niveum. Elle est au contraire redoutable aux Etats-Unis, en Afrique du Nord, en Italie du Sud, en Israël et, plus récemment, dans le Roussillon. Elle se manifeste par un flétrissement débutant par les feuilles de base, pouvant s’exprimer de façon unilatérale, ou seulement sur certaines tiges de la plante. On observe sur les tiges un écoulement gommeux et une accumulation de gomme à l’intérieur. Des variétés résistantes aux races communes du parasite (race 0) ont été sélectionnées dès le début du siècle. Une race 1 attaque ces variétés classiques des catalogues américains (ex. : « Charleston gray »). Des variétés plus récentes lui résistent (ex. : « Crimson sweet », « Royal Jubilee »), grâce à un gène dominant largement utilisé pour créer des hybrides F1. Une race 2, signalée aussi en Israël, n’épargne aucune variété. Les Japonais greffent la pastèque sur Lagenaria siceraria.

● Fusariose vasculaire du Melon

C’est la maladie la plus grave de cette culture. On distingue actuellement 4 races de F. oxysporum f. sp. melonis, d’après le tableau ci-contre 

e9782738002860_i0088.jpg

Les symptômes « classiques » de Fusariose sur Melon sont de type « jaunisse » (yellows). On observe au début un éclaircissement de nervures, sur des feuilles (ou moitiés de feuilles) suivant une disposition phyllotaxique. Les feuilles atteintes jaunissent en prenant une consistance cassante et exhalent une odeur typique de « chèvrefeuille » 75.

Ces symptômes s’accompagnent d’une nécrose latérale de la tige, exsudant des gouttes de gomme brune (fig. 55).

En fin d’évolution, sur les plantes quasi-mortes, le Fusarium fructifie sur la nécrose, sous forme d’un feutrage rosé.

Certaines souches de la race 1-2 provoquent un symptôme tout différent, de type « wilt » : flétrissement brusque sans jaunissement préalable, ni nécrose de la tige. Les vaisseaux, bourrés de mycélium, n’ont même pas le temps de brunir.

La Fusariose du Melon a été l’objet d’études approfondies en France dans les laboratoires de Pathologie végétale et d’Amélioration des Plantes de l’INRA, depuis les années 60 :

— à la station d’étude de la microflore pathogène des sols, à Dijon, mise en évidence de la résistance au gaz carbonique des F. oxysporum, pouvant servir de point de départ à une méthode de détection du parasite dans les sols (isolement sous CO2, test individuel des colonies isolées sur plantules de melons) ;

— mise au point d’une méthode de greffage du melon sur Benincasa cerifera (Cucurbitacée extrême-orientale compatible avec le Melon) ;

— mise en évidence et étude approfondie du phénomène « sols résistants », à partir de parcelles de la région de Chateaurenard (Bouches du Rhône) où la monoculture de variétés sensibles restait possible, contrairement à la situation générale dans le Sud-Est de la France ;

— à la station de Pathologie végétale de Montfavet, collaborant avec la station d’Amélioration des Plantes : après avoir proposé une autre méthode de détection dans le sol (reposant sur l’effet sélectif de...