Chapitre 8
La transmission/reprise interne
La démarche T. E. A. M.
Jean-Marie Estève
Dirigeant de SOLATRAG
Henri Mahé de Boislandelle
Université Montpellier I
SOLATRAG, entreprise de travaux publics de 220 salariés créée en 1923, a vécu une première transmission/reprise interne (rachat de l’entreprise par les salariés - RES) il y a 25 ans. À cette occasion, SOLATRAG découvrait la plupart des problématiques que cette forme de transmission/reprise soulève tant d’un point de vue technico-économique (financier, juridique et fiscal), que du point de vue de la gestion des ressources humaines. Sortie renforcée de cette expérience, l’entreprise a reproduit la formule à plusieurs reprises, toujours avec succès, jusqu’à en théoriser aujourd’hui le protocole de prise en charge (méthodologie) par la production d’un modèle de préparation qualifié de T. E. A. M.: « Transmission d’Entreprise par Apprentissage Managérial. » (Jean-Marie Estève, dirigeant de SOLATRAG)
La transmission/reprise interne (le rachat de l’entreprise par les salariés) offre aujourd’hui une alternative au problème posé par le remplacement massif des propriétaires-dirigeants de PME désireux de s’arrêter (Bloy et Deruy, 2004). Plusieurs raisons expliquent le recours à la transmission/reprise interne: l’urgence économique produite par des revers commerciaux ou l’instabilité managériale, la volonté de pérennisation au-delà de la famille lorsque celle-ci est défaillante et l’absence de repreneurs externes crédibles. Le phénomène de transmission/reprise interne s’est amplifié ces vingt dernières années alors que les transmissions familiales ont reculé (KPMG, 2008). Si la transmission/reprise interne connaît aujourd’hui un certain succès, rappelons que, dans les années 1990, cela s’effectuait souvent dans l’urgence et sans préparation. Il en est d’ailleurs résulté des échecs retentissants au point de remettre en cause la formule. Depuis les choses ont évolué.

De l’urgence au pis-aller, on est passé progressivement à l’idée que la transmission/reprise interne constituait une éventualité crédible, comparable aux autres formes (familiale ou externe) pour les dirigeants en place. Mais, même si la transmission/reprise interne RES apporte une réponse juridique à la reprise, il revient toujours au chef d’entreprise d’initier la réponse entrepreneuriale indispensable à la transmission. En effet, la problématique de la transmission/reprise interne RES est d’assurer la continuité de la PME par une démarche humaine et managériale. Cette dimension est essentielle, car les salariés ne sont pas a priori destinés à reprendre les rênes. Il est fondamental d’accorder beaucoup d’importance à la question, de même qu’à celle du temps et de la préparation dont ils ont besoin. Les chances de succès de la nouvelle gouvernance salariale en seront amplifiées.
Ce chapitre a donc pour objectif de tirer les leçons du cas SOLATRAG qui a connu plusieurs...