Chapitre 10
L’évaluation financière
d’entreprise en
transmission/reprise
Approche critique du courant
financier traditionnel
Claude Mathieu
Université du Québec à Trois-Rivières
Claude Letarte a acquis Croisières des Îles en 1999, quelques mois avant la saison touristique. Pressé par le temps et guidé par le désir de croître, cet achat émotif a résulté en un prix payé trop cher. (Miszczak, 2005, p. 15.)
D’un point de vue financier, les dimensions de la transmission/ reprise d’entreprise sont généralement intégrées dans la littérature des fusions et acquisitions, et plus particulièrement étudiées sous la loupe des écrits en évaluation d’entreprise. Malgré la quantité d’ouvrages publiés issus des courants financiers traditionnels, très peu de ceux-ci s’intéressent au processus proprement dit de transmission/reprise de PME, et encore moins abordent la perception des deux parties: le cédant (le vendeur) et le repreneur (l’acquéreur). À ce sujet, le modèle d’Albo, Bryk et Pigott (2000) suggère que, dans une perspective financière, la transmission/reprise est une opération multifacettes et multidimensionnelle qui va bien au-delà des aspects purement financiers. Le présent chapitre a donc pour principal objectif de présenter une approche plus globale de l’évaluation d’entreprise que ce qui est normalement présenté dans le courant financier traditionnel. Considérant ainsi que ce chapitre s’intéresse à la transmission/reprise des PME du point de vue de la finance, la détermination de la valeur sera le principal point abordé. Après avoir présenté les phases du processus de la transmission/reprise dans une perspective financière, nous verrons en détail la détermination de la valeur d’une PME. Une dernière dimension allant au-delà des aspects purement financiers, mais qui a des conséquences sur le prix de transfert, sera discutée, soit la vérification diligente.
Contrairement au courant traditionnel financier, Albo, Bryk et Pigott (2000) présentent un processus complet et offrent un cadre de référence pour chacune des parties impliquées. Le tableau 10.1 ci-après expose en parallèle les phases initiales suggérées par ces auteurs, lesquelles peuvent ne pas être menées en même temps par chacune des parties et se réaliser à des périodes différentes. Par exemple, il est possible que le repreneur termine sa propre démarche avant même que le cédant ait commencé sa réflexion. Les phases identifiées par Albo et al. (2000) décrivent néanmoins la situation des cédants et des repreneurs avertis qui planifient et considèrent rigoureusement et sérieusement la transmission/reprise. Dans le cas contraire, un cédant qui n’a pas encore envisagé la transmission de son entreprise se trouvera déséquilibré si un repreneur lui fait une offre. Toujours selon Albo et al. (2000), la planification de...