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Intervention et décision collective dans les périmètres irrigués

Pierre-Yves Le Gal, Erwin de Nys, Michel Passouant, Dirk Raes, Thierry Rieu






La gestion de la production agricole a été préférentiellement traitée sous l’angle de l’exploitation agricole, organisation à décideur le plus souvent unique. La planification et le pilotage de ces systèmes de production renvoient à des problèmes de coordination des activités. Les processus de décision des agriculteurs ont été représentés à travers des formalismes génériques, tels que le modèle d’action (SEBILLOTTE et SOLER, 1990), appliqués à des dimensions diverses de la gestion de l’exploitation, comme l’organisation du travail (PAPY et al., 1990), la gestion de la sole d’une culture (AUBRY et al., 1998a) ou la gestion de l’irrigation (LEROY et al., 1996).

Ces travaux s’inscrivent dans une perspective d’aide à la décision auprès des agriculteurs, entendue non comme un simple transfert d’informations technico-économiques mais comme une aide à l’apprentissage (ATTONATY et SOLER, 1991), faisant appel à des cadres de représentation, plus rarement à des outils de simulation (CHATELIN et al., 1996).

Mais les exploitations sont également ouvertes sur l’extérieur, que ce soit pour commercialiser leurs productions à des firmes agroalimentaires (GAUCHER et al., 1997), pour tenir compte de contraintes environnementales (PAPY et SOUCHÈRE, 1993) ou pour partager un même équipement. Le choix, la planification et le pilotage des systèmes de culture dépendent alors d’un ensemble de coordinations englobant la gestion des ressources à mobiliser et les acteurs qui les contrôlent (LE GAL et PAPY, 1998). Ces relations complexes rendent délicate l’aide à la décision collective visant à améliorer les modalités de gestion et les performances technico-économiques des organisations. Comment identifier, analyser et représenter les problèmes posés ? Quelle place réserver à la modélisation et à l’instrumentation dans ce processus d’intervention ?

Ces questions sont illustrées ici par l’exemple des périmètres irrigués, ensembles formés d’un réseau hydraulique hiérarchisé, d’un parcellaire, d’un gestionnaire central et d’agriculteurs bénéficiaires du service de l’eau. L’analyse se fonde sur les premiers résultats d’un projet de recherche conduit depuis deux ans sur des périmètres situés au Brésil, au Mali et au Sénégal.

La problématique

La fourniture d’un service, tel que l’eau d’irrigation, ou le cahier des charges défini par une unité agro-industrielle, amène l’agriculteur individuel à prendre ses décisions en fonction de paramètres que d’autres acteurs contrôlent. En retour, les décisions prises sur un plan collectif ne peuvent totalement méconnaître la demande des individus, leurs logiques et contraintes (CROZIER et FRIEDBERG, 1977). L’efficacité globale de l’organisation, mesurée en termes d’adéquation entre ses objectifs et ses résultats techniques, économiques ou sociaux, dépend alors des dispositifs de coordination mis en place entre des acteurs et des fonctions à l’autonomie variable.

Cette problématique se pose pour les périmètres irrigués lorsque les structures publiques ont transféré la totalité ou une partie de la gestion des infrastructures à des organisations de producteurs, souvent mal préparées à ces nouvelles responsabilités. Ce mouvement s’accompagne d’une diminution des subventions publiques aux investissements et d’incertitudes fortes concernant la disponibilité de la ressource en eau, les prix des services et la dynamique des marchés.

Comment les gestionnaires et utilisateurs de ces aménagements coûteux vont-ils pérenniser leur outil de production ? Sur le plan technique, la qualité du service de l’eau dépend de l’entretien et du renouvellement périodique des infrastructures. Sur le plan économique et financier, le gestionnaire doit sécuriser son équilibre budgétaire, tout en s’assurant des capacités de paiement des agriculteurs. S’y ajoutent des problèmes sociaux, touchant à l’équité du service rendu et à la résolution des conflits au sein du périmètre, et des interrogations sur les conséquences environnementales de l’irrigation, concernant la salinisation des terres ou la préservation de la ressource en eau. Comment aider les gestionnaires et les agriculteurs à définir de nouvelles formes d’organisation et de gestion qui soient plus efficaces à long terme ?

Le choix d’une démarche

Pour répondre à ces interrogations, la démarche mise en place sur trois terrains, au Brésil, au Mali et au Sénégal, associe recherche et intervention,...

  •  Diagnostiquer et évaluer
  •  Conduire et piloter un système de culture
  •  Modèles mathématiques de conduite culturale
  •  Quels modèles pour la gestion des vergers?
  •  Cogito, un modèle pour l’irrigation du maïs
  •  Serriste, un outil pour la gestion climatique des serres
  •  Intelligence artificielle et aide à la décision en agriculture
  •  Prendre en compte l’hétérogénéité spatiale
  •  La prévision agricole à l’échelle du Sahel
  •  L’estimation régionale des productions fourragères
  •  Coupler modèle agronomique et système d’information géographique
  •  Télédétection, hétérogénéité parcellaire et gestion spatialisée des interventions techniques
  •  Gérer et coordonner
  •  Un modèle bioéconomique pour l’analyse du risque
  •  Intervention et décision collective dans les périmètres irrigués
  •  Représenter et décider
  •  Jeux de rôle et simulations multi-agents
  •  La modélisation graphique, de la recherche au développement
  •  La visualisation des paysages pour l’aménagement agroforestier
  •  L’almanach numérique de planification à Madagascar
  •  Adresses des auteurs
  •  LA COLLECTION REPÈRES