J ournal de Filhip Dothiriel ; 23 brumard 1765
Je trouve enfin un peu de temps pour écrire ces quelques lignes. L'effervescence des dernières heures a laissé place à une accalmie bienvenue.
Ce damné mois porte bien son nom. Cela fait maintenant trois jours complets que le navire est immobilisé. La visibilité est nulle tant le brouillard est épais. Certains des matelots engagés lors de notre dernière escale parlent de maléfice. Ce serait sans conséquence si quelques uns de mes hommes ne commençaient à y croire eux aussi. Les tensions deviennent vives à bord. À deux reprises, il m'a fallu intervenir pour empêcher que ne surviennent des rixes. Il nous devient difficile, à Mizaël et moi-même, de contenir la violence qui menace d'éclater chez ces hommes contraints à une inactivité relative.
Mes dernières estimations, la veille du jour où nous fûmes contraints à jeter l'ancre, nous situaient à quelques milles à peine de notre destination. Mais après avoir erré dans ces eaux pendant de longues heures, j’en arrive à douter de mes calculs.
Comme si ce doute seul m'habitait...
J'ai guidé une bonne partie de mon équipage pendant des années, à la recherche de ce qui n'est peut-être qu'une chimère. Ma chimère. Ils me suivent aveuglément,...