I. Introduction
Si nous nous référons aux débats de plus en plus nombreux qui la concernent, sur la scène publique et institutionnelle, ainsi qu’à l’intérêt croissant que la recherche lui porte, la relation entre vie professionnelle et vie familiale se présente aujourd’hui comme un enjeu individuel, familial, professionnel et sociétal important. L’impératif de cette articulation n’est bien entendu pas neuf. Ce qui a changé, ce sont les conditions dans lesquelles les individus doivent combiner les exigences spécifiques à ces deux dimensions et les modalités de cette combinaison. En effet, certaines évolutions et transformations contemporaines pèsent lourdement sur la relation travail/famille. Nous pouvons citer, entre autres, l’entrée massive des femmes sur le marché de l’emploi et le développement d’une économie des ménages sur deux revenus, la croissance du nombre de familles monoparentales et la question sociale qu’elle pose, le vieillissement de la population et le problème de la prise en charge des seniors en perte d’autonomie, les recompositions de la famille, la flexibilité du travail et son intensification, la précarité de l’emploi...
Dans ce contexte, nombre de personnes ont à jongler avec des impératifs contradictoires, se voient handicapées sur le marché du travail, sont fragilisées quant à leur possibilité de s’engager dans une vie conjugale et parentale, souffrent de ne pouvoir articuler de manière satisfaisante les diverses activités qui constituent leur vie. La tension travail/famille est d’autant plus vive que l’ethos du devoir, qui a structuré le rapport au travail et à la famille dans la société industrielle, se délite dans la société postindustrielle au profit d’un ethos de l’épanouissement personnel (Lalive d’Epinay, 1994). Il s’ensuit que l’idée du sacrifice de la vie familiale pour la vie professionnelle (ou inversement) s’accepte plus difficilement. Le défi est de taille ; il remet en cause l’alternative “je me consacre surtout à ma vie professionnelle OU à ma vie familiale”, renvoyant à la perspective d’un jeu à somme nulle où ce que “je gagne dans l’une, je le perds dans l’autre”. Les femmes ont fortement été affectées par ce modèle “alternatif” ou “exclusif” qui, de manière sous-jacente, tient pour admis qu’elles sont responsables de leurs enfants et que les exigences de la maternité limitent leur performance en tant que travailleuses et favorisent leur engagement dans la sphère domestique (Tilly/Scott, 2002). Les hommes sont de leur côté soumis aux pressions du travail avant toute chose, même s’ils voudraient être plus actifs sur la scène domestique et parentale en particulier (Tremblay, 2003). A l’heure...